L’angle que j’ai souhaité prendre pour ce travail est de conduire un questionnement sur l’existence ou non d’une autre voie que celles portées par la droite ou la gauche sur ce sujet, voie qui ne viserait pas à prolonger la vie du paradigme actuel mais qui répondrait aux obligations d’adapter notre société aux paradigmes nouveaux qui se présentent à nous.

Est-il possible d’envisager un revenu qui ne soit ni un revenu de base venant remplacer les minimum sociaux en vue de rendre la pauvreté homogène et invisible, ni un revenu d’existence qui soit une façon de répartir la richesse produite jusqu’à punir l’enrichissement ?

Ce revenu peut-il être un levier de création de richesses ? Peut-il être en mesure de répondre aux contraintes d’adaptation que notre monde doit conduire ?

La recherche d’une voie différente implique une réflexion qui sorte du cadre des raisonnements actuels. La solution qui en découle doit prendre en compte les enjeux macro-sociétaux qui se présentent à nous. Ces enjeux sont décrits dans les rapports du club de Rome et du GIEC, dans les analyses du FMI et de l’OCDE, ainsi que dans un ensemble d’études en libre accès intégrant des réflexions sur les mutations en cours tant au niveau technologique qu’en matière démographique, économique ...

En voici les principaux éléments :

Notre modèle de société actuel, basé sur une croissance exponentielle de l’économie et de la démographie, n’est plus viable en l’état au-delà de quelques décennies au mieux.

L’utilisation massive des ressources fossiles pour soutenir les activités humaines fait courir des risques allant du développement d’une pollution importante jusqu’à un épuisement des ressources, en passant par des conséquences sur le climat ou encore un effondrement des rendements agricoles, ...

Notre système économique actuel est fondé sur une création de monnaie sans limite où ce sont les crédits qui font les dépôts ; notre civilisation est basée sur la concentration des richesses dans les mains de quelques uns, notre système est fondé sur le principe du ruissellement des riches vers les pauvres. Le système est alimenté par le haut et ne fait l’objet d’aucune régulation.

Notre monde a pour règle une concurrence libre et non faussée, faisant fi des réalités locales, des traditions, des cultures, une dérégulation orchestrée qui permet aux entreprises d’attaquer les états en justice quand ceux ci entrave leur capacité à faire des profits ...

Le défi est vivifiant : Trouver en quoi et comment la création d’un revenu universel peut constituer un levier pour déboucler le cercle vicieux dans lequel l’humanité s’en fourré ! Loin de constituer une forfanterie, ce me semble relever d’une mission de salut public. Défi que je relève car convaincu que les modèles proposés aujourd’hui ne vont pas au bout des raisonnements et que la mise en œuvre d’un tel système de création de richesse ne peux se satisfaire de demi mesure.

La nature nous apprends que la survie d’un système se trouve sa capacité d’adaptation et que celle-ce est intimement liée à la décentralisation de ses fonctionnements, de ses centres de décisions, de ses bouclages de régulation.

Dans cette période de mutation, c’est bien notre capacité d’adaptation qui doit être privilégiée, est-il possible de créer un revenu universel qui structurellement redonne le pouvoir de décision et d’actions aux citoyens ? À tous les citoyens ?

Dans une économie mondialisée, comment un territoire peut seul décider la mise en place d’un tel modèle de création de richesse sans qu’aussitôt cette nouvelle richesse créée « s’évade » vers quelques paradis dits « fiscaux » inventés pour faciliter la concentration des richesses dans quelques de mains ?

Sachant que l’abandon du système basée sur la dette fait perdre mécaniquement notre capacité d’extraire le pétrole et les autres ressources fossiles, comment un revenu universel nous amène à construire une économie alternative, simple, locale, basée sur le bois, le vent, le soleil et les autres ressources renouvelables ? Un tel choix impliquerait-il d’abandonner l’idée de pourvoir donner le gîte et le couvert à plus de 7 milliard d’habitants ?

Peut-on déconnecter la réflexion sur la mise en place d’un revenu d’existence de la décision de faire défaut de la dette au moins pour sa part publique ?

Est-il anachronique d’envisager une réponse fondée sur une monnaie pleine, un système où la création de monnaie est contrôlée démocratiquement et l’emprunt n’est possible que si une épargne préalable le permet, un système où ce sont les dépôts qui font les crédits et non l’inverse comme aujourd’hui !

En utilisant la technologie de la blockchain, devient-il possible de faire porter le remboursement du crédit à la monnaie elle-même et non à l’emprunteur ? En instaurant par exemple un prélèvement automatique effectué par le système à chaque transaction. Alors, quel niveau de prélèvement faut-il mettre en place pour que le système s’équilibre ?

Un consensus semble se dégager affirmant que, pour être efficace ce revenu d’existence doit être local, la question est alors de trouver la taille critique qui permette un niveau d’échange suffisant pour assurer la pérennité du système économique ainsi créé.

Les expériences menées au niveau mondial montrent qu’en limiter l’usage à un territoire contenu à l’intérieur des frontières d’un pays fonctionne. Le revenu d’existence doit donc être défini pays par pays.

Quant à son niveau, il dépend de la monnaie dans lequel il est distribué. Pour être efficace et ne pas permettre la spéculation, pour rendre impossible la concentration de la richesse créée dans quelques mains, il doit être distribué en monnaie pleine et dans une monnaie complémentaire aux monnaies en vigueur aujourd’hui.

La seule façon de distribuer de la monnaie pleine est la création d’une monnaie complémentaire convertible à taux fixe avec la monnaie existante. Pour rendre son usage simple, le taux de change devrait être de 1 pour 1.

Se pose alors la question de l’amorçage d’un tel système de revenu d’existence, amorçage devant recourir à la création de monnaie ex-nihilo jusqu’à atteindre la taille critique qui lui permette d’être pérenne.

Pour redonner la capacité à l’état d’émettre de la monnaie, il conviendra de faire défaut (au moins partiellement) sur la dette publique nationale, dette qui représente aujourd’hui environ la montant du PIB annuel … pour mémoire le financement d’un revenu universel pour un montant équivalent à 500 € par personne représente 16 % du PIB … soit le transfert d’une dette en monnaie scripturale virtuelle vers une dette en monnaie pleine.

En ce qui concerne le choix de l’utilisation d’une monnaie complémentaire, il se justifie par plusieurs aspects. D’une part, une monnaie complémentaire est fortement utilisée et « tournent » dans l’économie de 5 à huit fois par an, générant ainsi une activité économique très supérieure à celle des monnaies actuelles pour lesquelles toute nouvelle création d’unité fait l’objet d’une spéculation pour plus de 95 % de sa valeur. D’autre part, l’utilisation d’une monnaie locale induit que son utilisation n’est efficace que sur le territoire où elle a cours et de façon privilégié pour les produits et services fabriqués ou rendu sur ce même territoire.

Se pose alors la question du remboursement du crédit de départ et de la fiscalité qui doit s’appliquer à l’activité générée par l’utilisation de ce revenu. Si nous prenons comme postulat qu’un pays peu supporter une année fiscale blanche pour mettre en place les conditions d’existence de ce revenu, alors chaque transaction réalisée avec ce revenu d’existence doit être taxée à 20 %.

Ce niveau de taxation, prélevé de façon libératoire sur chaque transaction, permet de rembourser à minima le crédit d’amorçage la première année, toutes les transactions réalisées avec ce revenu après la cinquième transaction (soit environ après un an dans le cas le plus pessimiste) contribuera à un niveau très acceptable au budget de l’état.

D’autre part, pour limiter toute thésaurisation de ce revenu, il faut que cette monnaie soit fondante. Le taux de 0,01 % par jour, soit environ 4 % par an, semble suffisamment incitatif et permettrait de couvrir les coûts de gestion du système monétaire ainsi créer. La monnaie devra arrêter de « fondre » dans le cas où elle est « bloquée » pour financer un crédit à un autre acteur économique.

Se pose également la question de la convertibilité de cette monnaie pleine dans la monnaie scripturale de la zone, l’Euro.

Si le taux de conversion des deux monnaies doit être fixe et à parité afin de permettre le paiement de façon indifférenciée dans les 2 monnaies, limiter la migration de la monnaie locale vers la monnaie scripturale impose une taxation sur le change de la monnaie locale vers l’Euro, ainsi que l’absence de taxation du change dans l’autre sens. Une taxation de change forfaitaire de 30 % par exemple devraient limiter les transferts en Euro, d’autant plus qu’une fois converti, l’ensemble des montants ainsi générés seraient frappés de la fiscalité en vigueur sur l’Euro.

L’exposé que je viens de faire devant vous montre qu’il est possible d’envisager une approche de la question qui puisse ouvrir des perspectives nouvelles, mais qui nécessite pour le moins la volonté de se mettre collectivement autour d’une table … pour réfléchir ensemble quels seront les grands principes de ce revenu universel ...

Ceux-ci, tels qu’ils sont envisagés aujourd’hui par la droite ou la gauche ne répondent pas aux enjeux que nous devons relever, ils ont été énoncés il y a près de 2 siècles !

De nouveaux principes comme ceux que je viens d’énoncer sont possibles, je laisse à votre sagacité d’examiner, d’analyser, de critiquer, commenter, amender, suggérer, questionner, confronter, désapprouver, sonder, … jusqu’à imaginer le monde que vous souhaitez laisser aux suivants …

A moins que le monde d’aujourd’hui ne vous convienne ...