Nous mettons en ligne un texte reçu d'un de nos abonnés. Le contenu nous semble interroger l'organisation de la société dans laquelle nous vivons et, par conséquence, la manière dont nous devons structurer, organiser nos entreprises. Si ce n'est pas directement une mutation de notre jeu concurrentiel, nous sommes directement concernés par les règles qui gouvernent la société dans son ensemble et la manière dont les citoyen vivent ensemble.

Faire de la stratégie, n'est-ce pas une action volontariste pour construire un futur qui ressemble à notre vision ? Alors nous ne pouvons faire l'économie d'intervenir dans le champ public ... Ce ne sont pas les Organisation Professionnelles qui viendront me contredire, qu'elles soient patronnale ou ouvrière ..

Préambule

La Laïcité, ça n’est pas la loi de 1905. Ça, c’est la loi sur la séparation des Églises et de l’État. La Laïcité, ne fait qu’en découler, c’est un avatar. Cette notion d’avatar n’est pas péjorative, mais strictement chronologique. C’est au fil du temps que la Laïcité va mûrir, prendre de l’ampleur, devenir un caractère fondamental et distinctif de notre République, et exprimer jour après jour son caractère universel.

La séparation des Églises et de l’État fit d’une pierre deux coups : un acte d’émancipation à la fois du passé, mais aussi de lourdes influences omniprésentes en contradiction avec le principe démocratique. C’est là le seul et le véritable fondement novateur, républicain, en filiation directe avec la philosophie des lumières, résidant tout entier dans l’article 2 de la loi « L’État ne reconnaît ni ne salarie aucun culte ». Il est important au point que je vais le répéter : « un acte d’émancipation des lourdes influences omniprésentes en contradiction avec le principe démocratique ». Mais ce principe fondamental voisine avec une telle litanie d’articles ayant pour objet la récupération d’un patrimoine immobilier d’importance, et l’ouverture à la taxation des édifices religieux que cette deuxième pierre finit dans le jardin du Vatican, où elle trône sans doute encore, tant la virulence anti-laïque du clergé n’a jamais faibli.

Laïcité appliquée

A l’issue de cette loi, la religion rentre dans le domaine exclusif du privé, l’État se déclare incompétent en matière de religion. La théorie est posée, et bien posée, il va alors falloir entrer dans le champ de l’application.

Dans la Laïcité appliquée, on distinguera la Laïcité passive de l’État, simple à comprendre, et la Laïcité active du serviteur de l’État, un peu plus floue, et par conséquent si difficile à définir et à transmettre.

Laïcité passive de l’État

La Laïcité de l’État est assise sur des concepts de base qui n’ont guère changé, elle est garante de la neutralité des institutions, c’est une Laïcité passive, dont l’objectif, s’il fût à l’origine la Liberté de culte, est aujourd’hui davantage l’affichage d’une absence totale de discrimination. Pourquoi la qualifié-je de passive ? Parce l’État doit se contenter de ne pas faire, ou de ne pas dire certaines choses pour remplir cette mission. Cela est déjà bien assez délicat, et pas toujours réussi, mais il n’y a pas de la part de l’État d’action ou de décision laïque, il n’y a qu’un comportement.

Laïcité active du serviteur de l’État

S’il y a un flou dans la définition de la Laïcité appliquée, c’est vraisemblablement au niveau du citoyen en charge de l’appliquer, en tant que fonctionnaire, Officier de la République, acteur public ou plus généralement encore, serviteur de l’État. C’est alors que l’on entre dans le champ d’une Laïcité active. En effet, dans son travail quotidien, le citoyen serviteur de l’État est instamment appelé à se poser sans cesse la question du bien fondé de ses prises de décisions en regard de ses convictions. Sa décision est de l’ordre de la sphère publique, et se doit de répondre aux exigences de l’intérêt commun, ses convictions sont de l’ordre de la sphère privée, et même si toute son éducation en est imprégnée, il doit en faire abstraction, s’exposant par là même à un conflit intérieur. Bien sûr, présenté de cette manière, cela à l’air terrible, mais, passé au crible du quotidien, et ramené aux rares cas où la question se pose, cela est tout à fait possible. Le fonctionnaire, investi et conscient de sa mission et de sa dimension laïque, n’est sans doute pas tout à fait le même à son poste et dans sa vie.

Laïcité du citoyen

Et qu’en est-il du citoyen ? Quelles sont les obligations du citoyen en regard de la Laïcité ? Eh bien, le citoyen n’en a pas. Le citoyen n’est pas laïc. Le citoyen est libre. Il vit dans un espace laïc, garanti par l’État. Il n’a en fait que deux obligations. Renoncer à l’affichage et à l’usage de ses convictions s’il entre au service de l’État ; Faire en sorte que ses enfants fassent de même s’il reçoive leur éducation dans une enceinte Républicaine. Il n’a aucune autre obligation en regard du pur concept de la Laïcité. La loi sur le Niqhab par exemple, relève uniquement du droit commun et du maintien de l’ordre public. La loi sur le voile, sans doute surabondante, relève bien de la réaffirmation du principe de Laïcité dans les écoles de la République, et comme son nom l’indique, ce principe avait déjà été affirmé.

Ceci dit, rien n’empêche le citoyen lambda d’endosser un rôle actif dans la préservation et l’évolution de ce concept. Si rien ne l’y oblige, rien ne le lui interdit. Alors sur ce sujet, soyons prosélytes, soyons pédagogues, soyons vigilants.

Vers une définition plus large de la Laïcité

Mais que devons nous transmettre ?

Le pur jus d’une loi qui a maintenant plus d’un siècle, a une époque où l’anticléricalisme était de bon ton et prêtait à sourire, tant la mort prochaine du fait religieux se dessinait, si ce n’est dans l’avenir de la République, du moins dans le souhait de ses défenseurs ?

Ou bien une Laïcité d’aujourd’hui, apaisée, revisitée, universelle, élargie, à une époque où le fait religieux est plus vivant que jamais, omniprésent, mondialisé, et vindicatif ?

Parce que l’on doit être libre de pratiquer ou de ne pas pratiquer de culte, parce que la religion n’est pas sans société, que la société n’est pas sans vivre ensemble et que la Laïcité est le postulat inconditionnel, impératif et objectif à ce vivre ensemble, il est grand temps de la faire sortir de ce cadre étroit de l’affrontement simpliste entre libre-penseurs et cléricaux. Il n’y a pas que la question Dieu qui nous empêche de penser librement.

Alors, revenons au fondement de la Laïcité : « un acte d’émancipation des lourdes influences omniprésentes en contradiction avec le principe démocratique ». Sommes-nous aujourd’hui dans une société où la religion est le seul véhicule d’influences en contradiction avec le principe démocratique ? Bien sûr que non, nous le savons tous. Je vais me contenter d’en énoncer deux autres, sans doute les plus importants, l’argent, et notre nature.

L’argent

L’illustration de l’influence de l’argent aboutissant à des actes anti-démocratiques est, je pense, superflue. Je ne vous ferai pas l’injure de vous donner quelques exemples, qui sont légions, d’une influence dont le bras armé s’appelle lobbyistes, profession aujourd’hui reconnue là où elle devrait, à mon avis, figurer dans la liste des délits réprimés par la Loi. Est-ce que je m’avance en disant que nous pensons tous, que le chef de cabinet, que le proche conseiller, que le collaborateur, au service d’un gouvernement de la République, et par ailleurs rétribué, officiellement, par une société dûment immatriculée, ayant pour objet social d’exercer des pressions en faveurs d’un groupe d’intérêt, est-ce que je m’avance donc en disant que nous pensons tous, que celui-là commet une infraction majeure au principe de Laïcité, en obéissant de manière mercenaire à une l’influence anti-démocratique ?

La nature humaine

L’illustration de l’influence de notre nature est sans doute plus délicate, d’abord parce qu’elle ne nous concerne probablement pas tous. Mais que penser de ces réflexions outrancièrement sexistes proférées par des députés de la République, déjà à l’encontre de Simone Weil, plus récemment par notre actuel ministre des Affaires Étrangères, qui, à l’annonce de la candidature de Ségolène Royal, demandait, le visage barré d’un sourire narquois, « Qui va garder les enfants ? », et ce, dans l’enceinte même du Palais Bourbon, emblème, s’il en est, et berceau de nos valeurs républicaines. A celui des serviteurs de l’État, ou des serviteurs mandatés par le peuple, qui dit, ou qui n’ose pas dire, mais qui pense « bonne femme, gonzesse, salope, pédé, bougnoule » - et je vais m’arrêter là mais je ne suis pas exhaustif - à celui qui pense cela au moment d’émettre un vote républicain, je dis que celui-là commet une infraction majeure au principe de Laïcité, en obéissant de manière imbécile a une l’influence de sa nature, de sa culture, de son ego, en n’accomplissant pas son devoir de passer sa réflexion au filtre de l’intérêt commun et de l’universalité, à celui-là je dis que son acte est un acte anti-démocratique sous l’influence de sa propre nature.

Une nouvelle définition

Ce que j’ai nommé Laïcité Moderne est un concept élargi, qui renoue avec les aspirations originelles, mais qui sera désormais épuré de l’obsession anti-confessionnelle qui l’avait sans doute obscurci un moment - ce qui est un comble -. Un concept élargi qui vise toutes les influences nous éloignant de l’intérêt général. Un concept qui va légèrement au-delà du vivre ensemble, pour donner au peuple des garanties de démocratie appliquée. Ce que j’ai nommé Laïcité Moderne sera pour l’Etat une formulation simple, et pour le serviteur de l’État, une véritable ascèse, qui ne saurait résulter que d’un long travail sur lui-même. Ce que j’ai nommé Laïcité Moderne sera un concept si large que le fait religieux n’en sera plus qu’une petite partie, si large que son désintéressement et son universalité en deviendront impossibles à contester.

Je demande au député, au serviteur de l’état de quitter son statut fonctionnaire pour redevenir un citoyen pensant, et s’acquitter, solennellement, de la même lourde tâche qui incombe à des jurés de cour d’assises, celle de prendre leurs décisions en une âme et une conscience qu’ils auront rendues républicaines par un lourd travail d’introspection, en s’affranchissant de toute influence extérieure et en n’ayant pour objectif que l’intérêt commun.

 

Olivier LESTRUHAUT