Aujourd'hui, un billet invité sur un sujet qui fait actualité en ce moment. la question que pose en fait François est de savoir si la directive européenne sur le secret des affaires ne constitue pas une réelle opportunité pour les analystes ? Et pourrait marquer un tournant dans le petit monde de l'intelligence économique et de la stratégie ?

 

Le projet de directive Européenne.

Depuis quelques jours, il est apparu que les instances européennes s’apprêtaient à promulguer une directive visant à renforcer la protection du « secret des affaires ». Les journalistes d’investigation se sont émus de cette initiative, dans la mesure où elle tend à réduire à une peau de chagrin leur liberté dans la recherche d’informations.

Notre propos n’est pas d’apprécier ce risque possible sur la liberté de l’information du public.

En revanche, cette directive sera un frein à la recherche d’informations pour une entreprise soucieuse d’anticiper la stratégie d’autres acteurs économiques, et en particulier, de ses concurrents et ce, qu’elle agisse par ses moyens propres d’investigations ou par l’intermédiaire de prestataires de services spécialisés.

Quelles conclusions faut-il donc en tirer ?

La légitimité de la démarche.

Nul ne peut contester le droit d’une entreprise à protéger « ses petits secrets ». A notre connaissance, le vol de secrets industriels est déjà puni par la loi….

Mais, en revanche, un acteur économique est également fondé à chercher à connaître, comprendre et anticiper son environnement en général, et concurrentiel, en particulier. Ce serait une faute de management de ne pas le faire….

Or, la difficulté que va faire naître la directive européenne, réside dans la collecte des informations utiles à la réflexion des décideurs.

Si le seul fait de poser des questions devient illégal, il ne restera comme «  matière première » que les informations recueillies sur internet ou au travers de certaines publications.

Ces données sont fréquemment d’une qualité discutable et leur « fraîcheur » n’est pas toujours leur qualité première….

Pour faire face à cette situation, il reste deux issues, non exclusives l’une de l’autre, comme nous allons le voir ci-après.

Le professionnalisme des enquêteurs.

La collecte d’informations devra de plus en plus être confiée à des professionnels aguerris, connaissant, d’autre part, les techniques de gestion d’entretiens et, d’autre part, les limites à ne pas franchir pour ne pas tomber sur le coup de la loi. Il faut donc oublier des méthodes plus ou moins douteuses pratiquées par qu’il est convenu d’appeler des « officines », méthodes qui ont encore de beaux jours devant elles mais qui peuvent impliquer judiciairement leurs bénéficiaires que se trouveront en situation de recel d’un délit (voire, de commanditaire d’un délit, ce qui est encore plus grave).

L’importance décisive de l’analyse.

C’est ici que réside la vraie solution au problème posé. Comme le disait Markus Wolf, « une information ne devient un renseignement qu’après avoir été analysée. »

Un analyste compétent peut, à partir d’informations d’aspect banal, obtenir une connaissance approfondie d’un phénomène ou d’un jeu d’acteur. Cela implique : que l’analyste existe et qu’il maîtrise les techniques d’analyse appropriées au sujet qu’il traite. Cela ne s’improvise pas : il faut un apprentissage conséquent et des expériences répétées pour former un bon analyste. Par ailleurs, les « outils » d’analyse varient avec les champs d’analyse.

Ainsi, l’analyse financière, avec ses calculs de ratios, ses méthodes de calcul de défaillance (ex : Conan et Holder), est en soi une discipline spécifique.

L’analyse concurrentielle (que nous pratiquons depuis plus de trente ans) met en œuvre, selon les besoins, huit techniques d’analyse différentes mais complémentaires….

L’analyse géopolitique n’est pas une discussion de « Café du Commerce… »

Les analyses techniques nécessitent des grandes compétences en matière technologique.

L’étude d’un marché a également ses propres outils d’interprétation, tant statistiques que psychologiques.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive…..

Ce que nous souhaitons faire comprendre est qu’une « bonne » analyse est en mesure de compenser la moindre capacité d’accès à des informations complètes et ce, sans enfreindre aucune loi. Aussi, tout entrepreneur qui a su organiser son propre dispositif d’analyse, ou qui sait à quel prestataire compétent il faut s’adresser, pourra anticiper dans de bonnes conditions, les tendances d’évolution de son environnement, sans se soucier de la fameuse directive européenne.

 

 

François COLAS.

Conseil en stratégie d’entreprise.